Les Implants Sous-Périostés
Custom-Made Direct Metal Laser Sintering Titanium Subperiosteal Implants in Oral and Maxillofacial Surgery for Severe Bone-Deficient Patients—A Pilot Study
- 19 octobre 2022
- Publié par : ISP
- Catégorie : Etudes cliniques et rapports de cas
Alexandru Nemtoi, Vlad Covrig, Ana Nemtoi, George Stoica, Ruxandra Vatavu, Danisia Haba et Irina Zetu
Lien vers le texte complet : https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/36292220/
Custom-Made Direct Metal Laser Sintering Titanium Subperiosteal Implants in Oral and Maxillofacial Surgery for Severe Bone-Deficient Patients—A Pilot Study
1. Référence scientifique
- Titre de l’étude : Custom-Made Direct Metal Laser Sintering Titanium Subperiosteal Implants in Oral and Maxillofacial Surgery for Severe Bone-Deficient Patients—A Pilot Study
- Auteurs : Alexandru Nemtoi, Vlad Covrig, Ana Nemtoi, George Stoica, Ruxandra Vatavu, Danisia Haba et Irina Zetu
- Journal scientifique : Diagnostics
- Année de publication : 2022
- DOI : 10.3390/diagnostics12102531
2. Contexte scientifique
La réhabilitation implantaire des maxillaires présentant une résorption osseuse majeure reste complexe lorsque le volume ou la qualité de l’os ne permettent pas la mise en place d’implants endo-osseux conventionnels. Les auteurs rappellent que différentes procédures d’augmentation osseuse peuvent être envisagées, notamment les greffes, la régénération osseuse guidée, l’expansion de crête, la distraction ostéogénique ou l’augmentation sinusienne. Ces traitements peuvent toutefois accroître la complexité, la durée et le coût de la prise en charge.
Dans ce contexte, l’étude réexamine le concept historique de l’implant sous-périosté à travers les technologies numériques contemporaines. L’imagerie CBCT, la conception tridimensionnelle et la fabrication additive métallique permettent désormais de créer une infrastructure individualisée adaptée à l’anatomie osseuse. L’enjeu est donc moins de réhabiliter une ancienne technique que d’évaluer sa transposition dans un flux numérique personnalisé chez des patients présentant une atrophie osseuse sévère.
3. Objectif de l’étude
Les chercheurs ont cherché à décrire une méthode numérique de conception et de fabrication d’implants sous-périostés personnalisés en titane obtenus par technologie DMLS (Direct Metal Laser Sintering). L’étude avait également pour objectif d’évaluer leur comportement clinique, en s’intéressant notamment à l’adaptation de l’implant à l’anatomie osseuse, à la durée opératoire, à la survie de la reconstruction et aux complications précoces et tardives observées.
4. Méthodologie
Il s’agit d’une étude pilote rétrospective réalisée à partir de dossiers provenant de deux centres privés de chirurgie orale et maxillo-faciale en Roumanie. Dix-neuf patients avaient initialement été considérés ; trois ont été exclus en raison d’une documentation incomplète. L’analyse porte donc sur 16 patients, 9 hommes et 7 femmes, âgés de 55 à 69 ans.
Les patients présentaient un édentement total ou partiel étendu associé à une résorption osseuse importante ne permettant pas la pose d’implants standards d’au moins 10 mm. Le protocole reposait notamment sur l’orthopantomographie, le CBCT, la conception tridimensionnelle et la fabrication personnalisée de l’implant en titane. L’adaptation peropératoire, la durée de l’intervention, la survie implantaire ainsi que les complications précoces et tardives constituaient les principaux paramètres étudiés.
5. Résultats principaux
Parmi les 16 implants étudiés, 11 (69 %) étaient maxillaires et 5 (31 %) mandibulaires. L’adaptation anatomique, évaluée par le chirurgien sur une échelle de 0 à 5, obtenait une valeur moyenne de 4/5. Douze implants (75 %) présentaient une adaptation qualifiée de bonne à excellente, trois (19 %) une adaptation suffisante et un implant (6 %) une adaptation insuffisante.
La durée opératoire moyenne était de 86,18 minutes, avec une moyenne de 90,27 minutes au maxillaire et de 77,2 minutes à la mandibule.
Un implant a finalement été retiré en raison d’une adaptation insuffisante associée à des infections récidivantes non contrôlables. Six patients ont présenté une exposition de l’implant, sans perte de fonctionnalité rapportée. Une fracture de la prothèse provisoire a également été observée. Les auteurs ne rapportent pas de suppuration, douleur, tuméfaction ou mobilité implantaire parmi les complications tardives évaluées.
6. Analyse clinique
L’intérêt principal de cette étude réside dans la convergence entre une approche implantaire ancienne et un flux de travail numérique personnalisé. L’implant sous-périosté n’est plus fabriqué à partir d’une empreinte chirurgicale directe de l’os comme dans les protocoles historiques décrits par les auteurs : sa géométrie est planifiée à partir des données radiologiques et produite par fabrication additive métallique. Les illustrations de l’article montrent notamment la conception tridimensionnelle des structures maxillaires et mandibulaires ainsi que leur adaptation aux reliefs anatomiques.
Sur le plan clinique, les résultats suggèrent qu’une adaptation précise de l’infrastructure est un paramètre important. Le seul échec rapporté concernait précisément l’implant ayant obtenu le score d’adaptation le plus faible. Cette observation est intéressante, mais un effectif de 16 patients ne permet pas d’établir une relation causale ni d’identifier des facteurs prédictifs d’échec.
L’exposition de l’implant chez six patients mérite également une attention particulière. Même si elle n’a pas compromis la fonctionnalité des dispositifs pendant la période étudiée, sa fréquence empêche de réduire l’évaluation clinique à la seule survie implantaire.
Enfin, les auteurs insistent sur la technicité de cette chirurgie et considèrent qu’elle nécessite une expertise importante en chirurgie orale et maxillo-faciale. Ces données positionnent donc l’approche comme une option potentielle pour des situations anatomiques sévèrement compromises, et non comme une alternative démontrée aux protocoles conventionnels.
7. Applications cliniques
Les résultats concernent principalement des patients présentant une atrophie osseuse sévère, avec un édentement complet ou partiel étendu et une anatomie ne permettant pas, selon les critères de l’étude, l’utilisation d’implants endo-osseux standards. Les patients inclus avaient également exprimé le souhait de ne pas recourir à une chirurgie de régénération osseuse.
L’étude illustre particulièrement l’intérêt du flux numérique associant CBCT, conception 3D, fabrication additive et personnalisation de l’infrastructure implantaire. Le protocole comportait en outre une dimension prothétique immédiate : les empreintes étaient réalisées après la fermeture chirurgicale et une restauration provisoire fixe en résine acrylique était délivrée dans les 12 heures.
Ces applications doivent cependant rester interprétées dans le cadre très spécifique de la population sélectionnée.
8. Niveau de preuve, limites et transparence
Le niveau de preuve reste faible, compte tenu du caractère pilote et rétrospectif de l’étude, du faible effectif de 16 patients et de l’absence de groupe contrôle. La publication rapporte un suivi clinique de six mois dans sa discussion, alors que le protocole définit par ailleurs comme « réussi » un implant fonctionnel à un an ; cette différence impose de ne pas extrapoler les résultats vers la survie à long terme.
Les auteurs reconnaissent eux-mêmes la nécessité d’études portant sur des échantillons plus importants et des périodes d’observation plus longues. L’étude ne permet notamment pas d’établir une supériorité par rapport aux autres stratégies de réhabilitation des maxillaires sévèrement atrophiés.
La recherche n’a reçu aucun financement externe et les auteurs déclarent ne présenter aucun conflit d’intérêts. Le protocole avait reçu une approbation éthique et les patients avaient donné leur consentement éclairé.
9. Points clés de l’étude
- Type d’étude : étude pilote rétrospective.
- Niveau de preuve : faible ; étude clinique non comparative sur un petit effectif.
- Population ou nombre d’études analysées : patients totalement ou partiellement édentés présentant une résorption osseuse marquée.
- Nombre de patients ou d’implants : 16 patients ; 16 implants sous-périostés personnalisés analysés.
- Durée de suivi : six mois rapportés pour l’évaluation clinique discutée dans l’article ; le protocole mentionne par ailleurs un critère de succès fonctionnel à un an.
- Critères principaux évalués : adaptation et stabilité de l’implant, durée opératoire, survie et complications précoces et tardives.
- Résultat principal : 15 implants sur 16 étaient maintenus à l’issue de la période rapportée ; un implant a été retiré après adaptation insuffisante et infections récidivantes.
- Conclusion scientifique : les données préliminaires soutiennent la faisabilité clinique des implants sous-périostés personnalisés en titane DMLS dans des situations de déficit osseux sévère.
- Limites éventuelles : étude rétrospective, 16 patients, absence de groupe contrôle et recul limité ; nécessité d’études plus longues et sur des populations plus importantes.
10. Impact scientifique
Cette publication participe à la réévaluation des implants sous-périostés à l’ère de la planification numérique et de la fabrication additive. Son apport ne réside pas dans la démonstration d’une supériorité thérapeutique, que son protocole ne permet pas d’établir, mais dans la documentation clinique d’une stratégie personnalisée appliquée à des maxillaires présentant une résorption osseuse sévère.
Les données montrent que la conception individualisée et la fabrication métallique numérique peuvent permettre d’obtenir une adaptation jugée satisfaisante dans la majorité des cas de cette petite série. Elles attirent parallèlement l’attention sur des problématiques spécifiques, notamment l’exposition de l’infrastructure et les conséquences possibles d’une adaptation insuffisante.
L’étude constitue ainsi un signal clinique préliminaire en faveur de la faisabilité de cette approche. Elle ouvre surtout la voie à des travaux mieux dimensionnés, comparatifs et dotés d’un recul plus important afin d’évaluer la stabilité des résultats et le profil réel des complications.
11. Conclusion éditoriale
Cette étude pilote montre comment les technologies numériques peuvent renouveler le concept de l’implant sous-périosté pour la réhabilitation de patients présentant une atrophie osseuse sévère. Les résultats cliniques observés sont encourageants, mais ils doivent être replacés dans le contexte d’une petite série rétrospective sans groupe comparateur et avec un recul limité. L’intérêt scientifique de cette publication tient donc principalement à la faisabilité documentée d’une approche personnalisée, qui nécessite désormais une validation clinique à plus grande échelle et à plus long terme.
