Les Implants Sous-Périostés
Combined use of subperiosteal implant and bone-marrow graft in deficient edentulous mandibles: A preliminary report
- 8 avril 1972
- Publié par : ISP
- Catégorie : Etude sur l’ostéointégration
F. J. Kratochvil, D.D.S. et Philip J. Boyne, D.M.D., M.S.
Lien vers le texte complet : https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/4555901/
Combined use of subperiosteal implant and bone-marrow graft in deficient edentulous mandibles: A preliminary report
1. Référence scientifique
- Titre de l’étude : Combined use of subperiosteal implant and bone-marrow graft in deficient edentulous mandibles: A preliminary report
- Auteurs : F. J. Kratochvil, D.D.S. et Philip J. Boyne, D.M.D., M.S.
- Journal scientifique : The Journal of Prosthetic Dentistry
- Année de publication : 1972
- Volume / numéro : 27(6)
- Pages : 645–653
- DOI : Non précisé dans les éléments fournis.
2. Contexte scientifique
Cette publication historique s’intéresse à une situation clinique particulièrement complexe : la prise en charge d’une mandibule édentée présentant une résorption osseuse très avancée. Chez ce type de patient, la faible hauteur de l’os résiduel peut compromettre la tolérance d’une prothèse amovible et rendre délicate l’utilisation des solutions chirurgicales disponibles à l’époque. Les auteurs s’interrogent notamment sur le devenir d’un volume osseux reconstruit lorsqu’il reste soumis aux contraintes transmises par une prothèse à appui muqueux.
Leur approche consiste à associer deux principes thérapeutiques : une greffe autologue d’os spongieux et de moelle destinée à reconstruire une partie du relief mandibulaire, et un implant métallique sous-périosté destiné à soutenir la réhabilitation prothétique. L’intérêt scientifique du travail réside ainsi dans la recherche d’une interaction entre reconstruction osseuse et gestion mécanique des contraintes occlusales, dans un contexte d’atrophie mandibulaire sévère.
3. Objectif de l’étude
Les auteurs présentent une technique combinant une greffe osseuse autologue contenant de l’os spongieux et de la moelle avec un implant métallique sous-périosté. Le protocole vise à restaurer une partie du volume osseux mandibulaire et à recouvrir la région du canal mandibulaire devenue superficielle du fait de la résorption. L’implant est parallèlement utilisé pour maintenir et protéger le greffon pendant sa phase initiale de cicatrisation, puis pour participer au support de la prothèse mandibulaire.
4. Méthodologie
Il s’agit d’un rapport clinique préliminaire à caractère technique, centré sur la description détaillée du traitement d’une patiente de 44 ans, édentée depuis environ 20 ans et présentant une résorption mandibulaire importante. La patiente rapportait des douleurs ainsi que des paresthésies dans la région des foramens mentonniers lors de l’utilisation de sa prothèse mandibulaire.
Le protocole est réalisé en plusieurs temps. Une empreinte directe de la surface osseuse permet de concevoir un implant sous-périosté en chrome-cobalt ménageant un espace pour le greffon. Lors d’une intervention ultérieure, de l’os spongieux et de la moelle sont prélevés au niveau iliaque, puis placés entre la mandibule résiduelle et l’armature métallique. Les piliers prothétiques sont installés secondairement après une première période de cicatrisation sans communication avec la cavité orale.
5. Résultats principaux
Chez la patiente décrite, les suites de la phase chirurgicale sont rapportées comme non compliquées. Environ 30 jours après la mise en place de l’implant et du greffon, l’examen clinique effectué lors de l’installation des quatre piliers montre une formation osseuse recouvrant certaines parties supérieures de l’armature métallique. Les illustrations cliniques et radiographiques des pages 649 à 651 documentent successivement cette évolution, la mise en place des piliers et la réalisation prothétique.
Après la réhabilitation, les auteurs rapportent une amélioration fonctionnelle et du confort ainsi que l’absence de la paresthésie provoquée auparavant par la prothèse mandibulaire à appui muqueux. Ils décrivent également un remodelage favorable du greffon, avec de l’os recouvrant le métal dans plusieurs régions.
Au moment du rapport, l’utilisation clinique initiale de cette technique avait atteint 14 mois et était jugée encourageante par les auteurs. Trois autres patients étaient alors en cours d’évaluation, parallèlement à des travaux expérimentaux chez l’animal.
6. Analyse clinique
L’intérêt principal de cette publication tient moins à la démonstration d’une efficacité clinique qu’au concept biomécanique et reconstructeur qu’elle explore. Les auteurs cherchent à résoudre simultanément deux difficultés : reconstruire une mandibule fortement résorbée et éviter que la zone greffée ne soit immédiatement soumise aux mêmes contraintes muqueuses que celles rencontrées avec une prothèse conventionnelle.
L’implant sous-périosté possède ici une fonction particulière. Pendant la cicatrisation, son armature constitue une structure maintenant l’espace destiné au greffon sous le périoste. Dans un second temps, elle devient le support de la reconstruction prothétique et doit permettre la transmission d’une part importante des contraintes occlusales vers l’os. La figure 6 illustre particulièrement ce principe de « tente » créée par l’armature au-dessus du greffon.
Un autre aspect intéressant du protocole est la volonté d’isoler initialement le greffon de la cavité orale. Les piliers définitifs ne traversent donc pas immédiatement la muqueuse : de petites vis obturent temporairement leurs logements avant leur remplacement secondaire.
Ces observations doivent néanmoins être interprétées avec une grande prudence. Le rapport détaillé porte sur une seule patiente, sans groupe contrôle ni comparaison directe avec une autre stratégie thérapeutique. Les résultats favorables observés constituent donc essentiellement une preuve de faisabilité clinique préliminaire et non une démonstration de supériorité ou de reproductibilité de la technique.
7. Applications cliniques
Dans le cadre précis décrit par les auteurs, cette stratégie concerne la réhabilitation d’un édentement mandibulaire complet associé à une atrophie osseuse extrême, notamment lorsque la résorption place le canal mandibulaire et le nerf dans une position très superficielle et que le port d’une prothèse à appui muqueux devient douloureux.
Le protocole associe reconstruction osseuse autologue et réhabilitation par implant sous-périosté. Il présente donc un intérêt historique pour comprendre l’évolution des stratégies de chirurgie préprothétique et de reconstruction des mandibules sévèrement résorbées.
L’article ne permet cependant pas d’établir des indications thérapeutiques contemporaines, ni de comparer cette technique aux autres modalités de réhabilitation implantaire. De telles extrapolations dépasseraient les données présentées dans cette publication.
8. Niveau de preuve, limites et transparence
Le niveau de preuve est faible, puisqu’il s’agit d’un rapport préliminaire décrivant principalement un cas clinique et une technique chirurgicale et prothétique. Les auteurs signalent trois autres patients en cours d’évaluation, mais leurs résultats détaillés ne sont pas fournis dans l’article.
L’absence de groupe contrôle, l’effectif clinique extrêmement limité et l’absence de données comparatives empêchent d’attribuer avec certitude les résultats observés à l’association thérapeutique elle-même. Le recul de 14 mois rapporté pour l’utilisation clinique initiale ne permet pas non plus d’établir la stabilité à long terme de la reconstruction.
Aucun conflit d’intérêts n’est déclaré dans les éléments fournis. L’article mentionne toutefois les noms commerciaux ou fabricants de certains matériaux utilisés, notamment Thiakol et Vitallium, sans qu’une relation financière avec les auteurs soit précisée.
9. Points clés de l’étude
- Type d’étude : rapport clinique préliminaire / rapport technique.
- Niveau de preuve : faible.
- Population ou nombre d’études analysées : quatre patients sont mentionnés dans le programme clinique, mais un seul cas est décrit en détail.
- Nombre de patients ou d’implants : un patient documenté en détail avec un implant sous-périosté ; trois autres patients en cours d’évaluation.
- Durée de suivi : utilisation clinique initiale rapportée à 14 mois.
- Critère principal évalué : faisabilité clinique d’une reconstruction associant greffe autologue d’os spongieux et de moelle et implant sous-périosté dans une mandibule très résorbée.
- Résultat principal : évolution postopératoire décrite comme favorable chez le cas présenté, avec formation et remodelage osseux autour de l’armature, restauration prothétique fonctionnelle et disparition de la paresthésie liée à la pression rapportée avant traitement.
- Conclusion scientifique : les résultats préliminaires sont considérés comme encourageants par les auteurs et justifient la poursuite de l’évaluation de la technique.
- Limites éventuelles : cas clinique principalement descriptif, absence de groupe contrôle, absence de comparaison thérapeutique et données cliniques très limitées.
10. Impact scientifique
Cette publication de 1972 documente une tentative originale d’associer reconstruction osseuse et gestion mécanique de la réhabilitation prothétique dans une mandibule édentée extrêmement résorbée. Son apport réside avant tout dans la conception du protocole : l’armature sous-périostée n’est pas uniquement envisagée comme support de la prothèse, mais également comme structure maintenant l’espace et protégeant le greffon pendant sa phase initiale de cicatrisation.
Les photographies opératoires et radiographies présentées au fil de l’article constituent également une documentation technique détaillée des différentes étapes, depuis la conception de l’armature jusqu’à la mise en place secondaire des piliers et de la prothèse.
La publication ne valide cependant pas l’efficacité de cette stratégie. Elle formule une hypothèse clinique et en documente la faisabilité initiale. Sa portée scientifique doit donc être comprise dans son contexte historique et comme un point de départ pour les investigations cliniques et expérimentales que les auteurs indiquaient poursuivre.
11. Conclusion éditoriale
Le travail de Kratochvil et Boyne constitue un témoignage historique intéressant sur la recherche de solutions reconstructrices face à l’atrophie mandibulaire extrême. L’association d’une greffe autologue et d’un implant sous-périosté répondait à une double logique biologique et biomécanique particulièrement explicite. Le résultat favorable décrit chez la patiente traitée reste néanmoins une observation préliminaire. Compte tenu du très faible effectif et de l’absence de comparaison contrôlée, cette publication doit être considérée comme un rapport de faisabilité technique plutôt que comme une validation clinique de la procédure.
